L'activité créatrice est une chose étonnament vivante, elle ne se laisse jamais enfermer longtemps dans une définition. Chaque expérience finit par se saturer et il ne reste plus alors qu'à repartir dans une autre direction, à opérer de nouvelles synthèses.

Mon point de départ est, le plus souvent, une intervention gestuelle (all-over) avec les doigts. Cette intervention fait surgir des éléments pré-figuratifs provenant sans doute de la psyché profonde. Ce premier contact avec l'imprévu, l'irrationnel, est bientôt suivi d'une réflexion intense, où il s'agit de faire miroiter différents possibles, de dégager ce qui existe à l'état latent.

C'est la lente maturation du regard, au fil de l'expérience, qui développe la capacité de VOIR. Il m'arrive de chercher sans trouver, de trouver sans chercher. L'exploration plastique ressemble à une chasse aux trésors. En travaillant, il m'arrive d'éprouver une émotion vertigineuse, comme si plusieurs voiles se déchiraient. J'entrevois alors quelque chose de fulgurant, un centre d'extrême fécondité.

Je pars à sa conquête, il m'échappe, et toujours renaît le désir d'y plonger. La pression créatrice est destinée à faire éclater les normes qui constitue notre compréhension ordinaire du monde. Le trésor ne serait-il rien de moins que l'éclosion et le déploiement total de toutes nos perceptions ?

Marcel Thériault